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Octobre 2008
DE
GAULLE EN MAI
Jean-Louis Benoit en organisant quelques extraits du ‘Journal de l’Elysée’ de Jacques Foccart, a réussi à peindre une véritable fresque de ce que furent les ‘événements’ de mai ’68. Jean-Marie Frin, vieille connaissance des habitués de La Criée, aidés par les acteurs qui l’entourent, a créé un de Gaulle plus vrai que le vrai. On pourrait plagier la
première phrase de la Bible : « Au commencement…
»…
Eh bien, oui : au commencement de cette pièce-reportage-documentaire-récit, appelez-la comme vous voulez, il y a les vœux traditionnels, fin 1967 à l’ORTF, que le Général-Président adresse à ses ouailles plus qu’à ces concitoyens : «… tout ira bien dans le meilleurs des mondes pour la France…la continuité en 1968…entre efforts et expansion… » … famille, travail, patrie… sans aucune arrière pensée de ma part, mais les sensations y sont… A décharge de De Gaulle, et des suivants, tous ont dit et diront la même litanie à cette occasion obligée, même les actuels, avec plus de mépris pour le menu fretin. Fermons vite la parenthèse ! Puis l’enchaînement cocasse et plutôt triste entre de Gaulle et Foccart, premier conseiller, démontre l’agacement du grand homme pour les ‘Nègres’, (je ne sais même pas s’il employait dans sa tête la lettre majuscule), ces chefs d’états Africains installés par l’Elysée et ensuite par Foccart lui même, le grand marionnettiste occulte (occulte façon de dire) surtout intouchable, qui défilaient à Paris, accueillis à l’avion, torse bombé et sourire narquois, parfois avec la seule intention de s’acheter un modeste (!) château ou un trois cents mètres carrés dans le XVIème. Bien entendu en contrepartie on faisait (et on fait encore) main basse sur l’uranium et en passant sur quelques diams. Véridique en tout cas, ce langage vert du Général qui avait ses têtes de turcs. On doit se rappeler par exemple qu’il appelait Hassan II, ‘le petit trou de c…’, et avec le plus grand sérieux et dédain . On retourne vite au journal de Foccart, ce personnage trouble, éminence grise (ou noire) de la Vème République, seul à tirer les ficelles en tant que grillon du Général. Foccart, le grand manipulateur que tous les ministres craignaient, ce Foccart, qu’on retrouve, si ma mémoire ne me fait pas défaut, avec Pasqua, Sanguinetti et Cie, à la droite de l’extrême droite, dans tous les coups tordus de l’époque, assez longue, hélas!, pour tous ceux qui aspiraient à une vraie démocratie. Il y aurait des pages entières à écrire sur ce collage réussi par Jean-Louis Benoit, comme la bonne idée du fond musical (A bicyclette, chantée par Y. Montand) qui revient de temps à autre pour souligner le ridicule de certaines actions et réactions des principaux personnages de cette page inoubliable d’histoire, pour ceux qui l’ont vécue et qui d’autres rêvent. Enfin Foccart devient presque un personnage sympa, car il a souvent la clairvoyance des décisions à prendre dans des moments critiques. Clairvoyance aussi au sujet de tous les hauts personnages de l’Etat, tantôt fidèles au grand de Gaulle vieillissant, tantôt sournois, tantôt aux aguets pour une prise probable du pouvoir. Pompidou, dès la mi-mai, de retour de chez « Xerses » se sent déjà investi comme le sauveur. Il n’est pas encore « en réserve de la République » mais il y songe déjà, ayant compris, clope au bec, que de Gaulle n’existe plus. L’ex banquier de chez Rothschild doublé par l’homme de lettres qu’il est aussi, calcule en vers, mais c’est la prose qui prendra le dessus…. Foccart, lui, en première ligne, sent aussi le vent changer et se rallie à Pompidou, conversion sans état d’âme. « Tu quoque Brutus, fili mihi »…on entends presque dans les couloirs du pouvoir, et des voix qui résonnent « et alors, quoi… ? ». Bien sûr l’Histoire se répète et se ressemble, voyons comme aujourd’hui….STOP…retour à La Criée, à mai ’68, et au journal de Foccart… Les barricades s’élèvent dans le quartier latin et ailleurs aussi. De Gaulle se réfugie chez Massu, (tient je l’avais oublié celui là…) et ce Général aussi trouble dont le Canard nous donnait pleins de détails à une certaine époque, a eu une réaction inattendue. Il s’est un peu racheté à mes yeux en conseillant à de Gaulle de rester au pouvoir. Et puis la CGT et ce cher Seguy, qui, pas prêt à prendre le pouvoir dans un monde de « chienlit », se rallie à la droite ! Lui ou/et le Parti Communiste qui à l’époque pesait trente pour cent ! On en a vu, de nos yeux vu et de nos oreilles entendu ! Il est vrai aussi que les chars de l’armée entouraient Paris… Peut-être qu’un jour quand le Parti Communiste rendra publiques les archives des réunions secrètes de ce temps-là, nous, non, la génération suivante saura la vérité ou mieux le dessous des cartes. Cela nous fera une belle jambe… Mais ce fut une très bonne chose que le PC, stalinien à souhait, refusa de prendre le pouvoir, probablement influencé par Seguy, qui était un vrai stratège intelligent. Jean-Louis Benoit à La Criée nous fait revivre le mois de mai d’il y a quarante ans, (fichtre, déjà ?) à travers les acteurs qu’il a mis en scène. Ah ! le beau décor original de Alain Chambon, avec des armoires dignes d’un grand prestidigitateur. On rentre, on sort, on disparaît….du Guignol et des farces et attrapes dignes du pouvoir de cette période-là. Mais aussi valable pour celui d'aujourd’hui ! A ce point il faudrait dire que celui qui incarne le grand homme n’a pas une taille nordique, mais Jean-Marie Frin, dont le talent d’acteur est connu et reconnu, apprécié par les habitués de La Criée, réussit à faire oublier ce détail physique. Il en va de même pour ses coéquipiers de cette presque hallucinante mini épopée. Dominique Compagnon en Pierre Messmer, Laurent Montel en George Pompidou, Arnaud Décarsin en Jacques Foccart et Luc Tremblais en Christian Fouchet ont de même un physique qui ne correspond pas du tout aux personnages qui nous avons connu. Un Fouchet par exemple très grand et toujours avec des Church’s mal cirés…(quel sacrilège !) devient presque un gentleman de bonne compagnie… Mais si, peut-être sur d’autres scènes, ils auraient pu sembler ridicules, ici à La Criée on y croit à ces acteurs-là. Il n’est donc pas inutile de se rappeler que la persona (le masque, l’acteur) peut s’identifier dans n’importe quel personnage, peu importe l’apparence physique. Une seule condition à cela, c’est qu’il ou mieux elle (la persona) soit intelligente et bien dirigée. En plus dans cette pièce-récit c’est dans le ton ou mieux dans l’intonation des acteurs que le sarcasme se fait sentir et prend des dimensions à la hauteur des événements. La pièce se termine avec un ballet insoupçonnable, à la chorégraphie délirante, sur la chansonnette « A bicyclette », cela va de soi, et ensuite un post-scriptum, retour à une triste vérité vécue par cette génération-là. Deux heures de bon, très bon théâtre. Si Foccart y est, malgré lui, pour quelque chose, Jean-Louis Benoit y est pour beaucoup. Et consciemment. Oscar Carchidi
La Criée : 04.91.54.70.54 Du 7 au 31 octobre 2008 |
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