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Mai 2008
La
révolte des Fous au Théâtre Toursky
C’est ici de
l’éternel conflit entre le réel et son
double dont il s’agit, une intrusion dans un monde
où l’on se demande sans cesse comment il tient,
pourquoi il tient et à quoi il tient.
Dans un rôle où il incarne un directeur d’hôpital psychiatrique à quelques heures de la retraite et confronté à une révolte des fous, Richard Martin entre avec force et profondeur dans la partition satirique de Henri-Frédéric Blanc. Porté par une rare extravagance, il suit pas à pas le dérèglement de ce personnage tout en contrastes et dont il ne lui faut jamais laisser échapper les cadences contradictoires de la pensée en proie à l’agitation et aux doutes. Cette imprégnation le mène aux confins de la réflexion où tout semble possible, où tous les couvercles sautent pour faire sortir l’apothéose de l’angoisse : le néant sous l’apparence d’un calamar géant, une métaphore remontée des abysses de l’esprit. Dans ce monologue fracassant où le visible et l’invisible se côtoient, on se demande où sont les vrais fous ? Sommes-nous si éloignés de la folie, ce monde aux constructions fantasques où les mots ne sont bons qu’à faire le mur de la raison. La folie serait-elle rédemptrice ? Difficile d’y répondre. Richard Martin nous transmet, dans un frisson qui rit jaune, la
solitude d’esprit de ce directeur d’asile
exacerbé par l’incertitude d’une
réalité qu’il parvient de moins en
moins à contrôler. Ecartelé entre
raison, souvenirs, imaginaire et utopie, il tente de
résister et de réagir face à ses
propres démons. Et il fait merveille,
c’est-à-dire qu’il nous communique le
ton exact et l’émotion vraie.Exemplaire dans la verve comme dans la nuance, irrésistible de drôlerie quand la farce nous fait prendre la mesure de nos vies relatives, Richard Martin nous offre une crédibilité totale, au service d’une composition où chaque incursion psychologique, chaque revers de tirade sont maîtrisés avec un sens accompli de l’interprétation. Avec un ton mordant et irrévérencieux Henri-Frédéric Blanc, amène avec une virilité poétique le verbe dans ses ultimes retranchements, vers cette pente vertigineuse où la vérité en ressort grandie et renforcée. La mise en scène de Tatiana Stepantcheko est accordée à l’unisson d’une idée force. L’esprit est une abstraction qui se nourrit d’images et de symboles. Ici, pas de fioriture, on est dans un espace qui sert d’écran révélateur au dépouillement de la pensée. Il est à la fois neutre et puissant, quotidien et universel, sans âge et sans histoire. Un arbre, au milieu de la cour de l’hôpital, un fauteuil, des murs aux tons gris d’ardoise sur lesquels passent furtivement les images mentales qui hantent le personnage ; les notes de musique de Phil Spectrum s’étirent, lancinantes comme l’accompagnement de ce voyage intérieur ; les lumières de Richard Psourtseff grillagent l’espace comme pour mieux souligner l’idée d’une prison renfermée sur elle-même. Tout est à sa place, solide dans son message, mais sans ostentation, avec ce ton juste qui sait si bien nous prendre et nous bouleverser. Jean-Pierre CRAMOISAN
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