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Novembre 2008
La
Carmen marseillaise
Un travail magistral de
Edmonde Franchi porté sur les planches du Toursky marseillais
pour un émouvant éloge à des générations de femmes qui se sont succédées dans l’usine de la Seita à la Belle de Mai pendant un siècle. CarmenSeitas c’est en même temps une saga, une fresque et un opéra, car dans les paroles des ouvrières il y a un chant de vérité, un chant d’authenticité. De Séville à Marseille il n’y a pas seulement un pas, mais une véritable filiation, tout au moins en ce qui concerne les cigarières. Bizet rendit célèbre les ouvrières des manufactures de tabac de Séville, identifiées à jamais par Carmen dont, un siècle et demi après la création de l’opéra, tout un chacun aime à fredonner encore les airs. Mais de Cuba en Europe en passant par les Amériques et l’Asie des légions de Carmen se sont succédées derrière les bancs des usines à semer la mort, en roulant un cigare après l’autre sur leurs cuisses dorées. Et cela continue encore dans pas mal de pays. A Marseille la Seita, sise à la Belle de Mai, a employé pendant un siècle des générations de Carmen qui auraient été oubliées si Edmonde Franchi n’avait pas pris sa plume pour dessiner une gigantesque fresque depuis la création de l’usine jusqu’à sa fermeture, un siècle après, en 1990. Quelle meilleure scène pouvait-il y avoir à Marseille pour accueillir cette création -CarmenSeitas- sinon celle du Toursky ? Au commencement l’usine a épuisé le gros du recrutement parmi la population venue fraîchement d’Italie ou d’Espagne, et a continué à recruter, comme souvent cela a été le cas en France dans d’autres structures, les enfants de ses ouvriers et ouvrières. Ainsi l’usine était une affaire de famille, où les joies et les chagrins se partageaient le jour, le soir, et même les rares jours de fête, car tous vivaient à proximité, parfois dans une promiscuité non désirée mais obligée par la condition ouvrière. Construite en tableaux, cette pièce prend les allures d’un long poème, dont les chapitres sont soulignés par le chœur de l’Académie de chant populaire dirigé par Alain Aubin. Cette pièce, Edmonde Franchi l’a écrite avec tout son cœur, sentie et ressentie comme une affaire personnelle. Et le mérite de Franchi est qu’elle réussit à transmettre au spectateur ses émotions, les siennes et celles des ouvrières par actrices interposées. Parmi les plus remarquées il y a Tania Sourseva qui joue dans « son » théâtre. Faut-il rappeler qu’elle a été la co-fondatrice avec Richard Martin de ce lieu privilégié de poésie au cœur du plus populaire des quartiers de Marseille ? Quant à Edmonde Franchi, habituée de ces planches, elle est un vrai feu d’artifice. Un exploit rare que celui d’être en même temps auteure et actrice. La pièce créée à Marseille va bientôt s’envoler pour atterrir dans d’autres pays, voir d’autres continents. Oscar Carchidi
Toursky - Vendredi 7 novembre 2008 – Pièce jouée à guichets fermés. |
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