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5 décembre 2006

LIBERATION DES NON-FUMEURS

De l’absence d’informations aux avertissements sur les dangers du tabac, du temps s’est écoulé. Puis, la nocivité avérée, les fumeurs se sont trouvés au centre des attentions mais un acteur, prisonnier de la société, avait été oublié.
Aujourd’hui, le gouvernement semble vouloir penser à lui, penser au non-fumeur.

Une cigarette à la main donne de l’assurance à l’homme qui en manque, il se sent plus à l’aise en société. Fumer a été chez les femmes une façon de revendiquer leur émancipation nouvelle et les adolescents le font pensant ainsi afficher leur indépendance. Dés le début, la publicité a pesé de tout son poids et a mis beaucoup d’imagination pour associer le plaisir et la cigarette, la liberté et la cigarette. Une liberté à laquelle rêvent les personnes envahies par le stress ou enfermées dans la monotonie. Les affiches et les spots montraient des fumeurs sûrs d’eux, attirants, aventuriers et surtout, en pleine forme.
La fumée s’échappant de cet objet-symbole est déclarée nocive et cancérigène depuis 2002. Pourtant, le matraquage publicitaire ou le soutien à des manifestations font que tous les jours de nouveaux consommateurs arrivent sur le marché de la dépendance. Lorsque les menottes se sont refermées, quelle place reste-il pour la liberté tellement souhaitée ? Et que faisons-nous de la liberté individuelle si elle déborde chez les autres ? Cette valeur sacrée finissait par gêner la liberté collective et nous étions alors en droit de nous interroger sur ce qu’est la démocratie.

La loi Evin de 1991 a autorisé des «zones fumeurs » et «zones non-fumeurs » mais il s’agissait d’éviter une gêne. Depuis, la fumée a été déclarée officiellement nocive pour le non-fumeur ; il devient un fumeur passif. Aujourd’hui, toutes les observations montrent qu’il n’y a pas de seuil en dessous duquel le tabac serait inoffensif ; la plante et ses additifs sont toxiques. C’est un poison pouvant passer la barrière placentaire.
Chaque année, dans le monde, 3 millions de personnes meurent d’une maladie liée à la cigarette. En Europe, elle est à l’origine de 500.000 morts dont des milliers sont des passifs, en France, 60.000 décèdent et cela correspond à 10% des morts. Un fumeur voit son espérance de vie diminuer, prend le risque d’avoir un cancer, une bronchite chronique, une diminution de la vision, une maladie pulmonaire ou cardio-vasculaire. Un fumeur participe également à détruire l’environnement et donc encore une fois la santé des autres puisque, chaque année, 5 millions d’hectares de forêts – nos poumons communs – sont détruits afin de sécher le tabac.
La nouvelle loi, publiée au Journal Officiel le 16 novembre, se veut être un renforcement de la loi Evin. Après l’Irlande, l’Italie, la Suède, la Grande-Bretagne, l’Espagne, notre pays adopte des mesures draconiennes. Il faut aider les fumeurs qui veulent arrêter et protéger les personnes qui n’y touchent pas. Ce texte s’impose pour tous les lieux fermés ou couverts accueillant du public et les lieux de travail. La prohibition sera totale dès février 2007 sauf pour les entreprises qui pourront aménager un local fumeur mais sous de strictes normes. Le contrevenant s’expose à une amende de 68 euros et le chef d’établissement ne sera plus là uniquement pour poser des panneaux d’interdiction. Il devra s’assurer du respect de la loi sous peine de devoir s’acquitter d’une amende de 135 euros par personne en infraction. Tout ceci reste théorique, nous allons voir dans la pratique…Dans l’administration, les hôpitaux, les établissements scolaires, les locaux pour fumeurs seront interdits car, le ministre de la santé Xavier Bertrand l’a rappelé, l’état doit se montrer exemplaire. Beaucoup de cris avaient été entendus du côté des restaurants, hôtels, casinos, cafés, discothèques et débits de tabac qui craignaient pour le chiffre d’affaires. Le gouvernement a accordé un délai de un an, pas plus.

Face aux risques sanitaires et maintenant au risque jurisprudentiel, il devient difficile de défendre les conséquences économiques négatives d’une telle loi. D’ailleurs, l’exemple irlandais démontre que les clients n’ont pas déserté. Malheureusement, il reste des citoyens soi-disant responsables pour annoncer que le principe de liberté a autant de valeur que celui de la protection de la santé. Il est nullement question de remettre en cause la liberté individuelle, la liberté de fumer Peut-être monsieur Santini, député français, joue-t-il la provocation…Espérons que ce ne soit que cela. Comme ces deux autres députés proches du milieu viticole qui viennent de proposer d’éduquer les enfants au vin !
Cette loi française est là afin de protéger les non-fumeurs et pour faire baisser le nombre de fumeurs qui décident de stopper. Après un dur et long travail, principalement sur l’aspect cancérigène de la fumée passive, le virage s’est vraiment amorcé qu’en 2002. Une année où la fumée a été très officiellement déclarée cancérigène.

Les fabriquants cherchent toujours de nouveaux consommateurs ; ils visent actuellement les pays du Sud, ceux de l’Europe de l’Est et les jeunes. Lancement récent réussi, celui de cigarettes noires, roses, aromatisées devenues tendance chez les 15-16 ans.
Les industries du tabac ont un pouvoir économique colossal ; leur chiffre d’affaires annuel est plus important que celui de 180 pays du monde. Certains états européens ont interdit la publicité ou mis des restrictions. En 1998, une directive de l’Union Européenne a aussi interdit spots, affiches, slogans…Des dépôts de plaintes à l’encontre de ce texte se sont multipliés et en 2000, la Cour de justice a retiré la directive ! Alors, et contre la force des industriels du tabac, le Parlement européen a tout de même voté un renforcement des mises en garde sur les paquets.
Malgré les progrès accomplis dans plusieurs pays industriels, l’usage du tabac à l’échelle mondiale s’amplifie. L’U.E semble vouloir aller dans le bon sens en insistant sur la nocivité et en protégeant de plus en plus les non-fumeurs mais en face d’elle se dresse une puissante force économique. La France, après avoir reconnu la toxicité de la fumée passive, donne légalement aujourd’hui une protection à celles et ceux qui le désirent. Maintenant, dans la vie quotidienne, au-delà des textes, que va-t-il réellement se passer ?

Sophie Brion





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dernière modification Août 2009