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Novembre 2004


LES MEDIA TRADITIONNELS EN CRISE D'IDENTITE

Ce titre, pour un colloque à la Cité de la réussite à Marseille en novembre 2004, comportait un point d'interrogation. L'auteur de cet article a préféré l'affirmation, tellement est évident pour lui que la crise d'identité est bien là. Oui ! Les média traditionnels sont en crise d'identité. Pourquoi se poser la question ? Il faudrait, tout de même, spécifier 'particulièrement en France' .
Depuis de longues années je participe, notamment en France et en Italie* à des tables rondes, à des colloques, à des congrès ou simplement à des conférences sur des sujets ayant trait au journalisme. Le leitmotiv français depuis plus de trente ans est toujours le même : la faute est à l'autre média, le nouveau, le dernier né. La presse écrite s'est plaint de la radio, puis de la télévision et aujourd'hui l'internet et de la presse gratuite.
Dans un débat ennuyeux autour de " Les média traditionnels en crise d'identité ? " les intervenants du Colloque, à la Cité de la réussite, se sont voués à l'habituel exercice entre l'autosatisfaction pour leur média respectif et l'incompréhension du pourquoi de l'abandon de la presse écrite par un nombre considérable de lecteurs qui se sont tourné vers d'autres sources d'informations comme certaines chaînes de télévision, généralistes et spécialisées, et/ou l'internet. Les complaintes se sont vite transformées en une série de " y a ka ". Alors, je n'ai pas pu freiner l'irrésistible envie de sortir à l'air libre, car, depuis quelques temps, j'ai décidé de ne plus subir les complaintes, en matière de journalisme, qu'elles viennent des décideurs ou des 'sans grade', car ils ont le pouvoir de redresser la situation.
Bien sûr, je vais m'expliquer. Les décideurs de la Presse en France sont souvent les hommes de paille ( pas de mépris toutefois de ma part ) de tel ou de tel autre magnat qui a acheté des centaines de titres pour en faire son jouet. Faudrait-il dire haut et fort à Monsieur Dassault qu'il ferait mieux d'aller jouer avec ses avions ? Il est vrai que son papa en avait fait autant, mais son joujou se limitait à 'Jours de France', distribué gratuitement chez les coiffeurs, les dentistes et les avocats. L'Etat, aurait-il du empêcher Monsieur Hersant d'avaler autant de titres dans sa grotesque boulimie pantagruelesque ? Et que dire de l'empire Lagardère, qui comprend, entre autres, Hachette et sa distribution élevée presque au rang de monopole ? A ce point nous devons dire que si la liberté de presse existe, on vous empêche de la distribuer. La liberté des uns n'est pas la liberté des autres.
Pour nous, une des premières raisons de la fuite des lecteurs est celle que très peu de journaux ont des correspondants à l'étranger . Et dans les rédactions il y a peu de journalistes qui ont le droit ou le courage de réfléchir. Les journaux ne se servent plus des agences de presse comme appoint de l'information, mais ils les ont promues correspondantes à part entière. Et je te paraphrase ceci et je te grossis cela….dans la rédaction, le stagiaire ou la stagiaire montent un dossier ubuesque. Ni vu ni connu, on le nomme 'notre service' quand il se retrouve sur tant d'autres journaux et magazines à travers la France rédigé de la même façon. Le 'rewriting' est un art qui requiert un grand talent.
Les lecteurs, ont-ils tort de s'enfuir ? N'auraient-ils pas découvert que le quotidien payant a les mêmes informations et commentaires que ses confrères gratuits ? Ces individus qui se sont emparé de presque toute la presse nationale ne l'ont guère fait par amour du journalisme, mais simplement en vue de remplir leurs caisses avec de la pub. Déesse pub qui leur échappe en grosse partie pour finir à la télé. Et si un jour l'argent souhaité ne rentre pas , ces braves gens se tournent vers d'autres secteurs plus rentables. Le recyclage d'ordures par exemple. Il semble que ce soit l'avenir du monde.
Les acquis ne sont jamais éternels, hélas ! Ceci vaut aussi pour le 'staff' de la rédaction, du rédacteur en chef aux rédacteurs, du journaliste au stagiaire. Pour se faire respecter, dans un journal, il y a pas longtemps encore, - le croyez-vous ?- il fallait savoir écrire…On s'arrachait les bonnes et belles plumes entre journaux et revues. Je ne vous parle pas des temps préhistoriques car je n'ai pas l'âme du vieux combattant. Le fait de ne pas savoir écrire aujourd'hui semble être un atout pour faire carrière. Les professeurs des écoles de journalistes n'enseignent même pas le minimum de règles de survie à leurs jeunes élèves. Il y a pas longtemps une stagiaire arrivée pour faire une interview à une personnalité, avait 'oublié' son carnet et son crayon. L'affaire se reproduisit avec un autre élève quelques jours plus tard. Un rédacteur en chef qui corrige 'c'est un mets délicieux' en 'c'est un met délicieux' et qui récidive à maintes occasions, devrait être dégradé sans pitié. Il en va de la renommée du journal. Sauvons la langue française en supprimant la correction automatique par les ordinateurs !
D'autres faits apportent de l'eau à mon moulin. Nous avions, il y a peu de temps, organisé une table ronde autour de " Déontologie et journalisme ", et bien que nous avions fait grande publicité auprès des professeurs et des élèves de l'école de journalisme, il n'y avait parmi l'assistance pas un seul d'entre eux. Combien sont-ils aujourd'hui les journalistes et les critiques qui ont fait des études classiques ? Qui sont ceux qui écrivent des articles sur l'art ? Ainsi les 'grands patrons' qui se fichent totalement du côté rédactionnel scient la branche sur laquelle ils ont voulu s'asseoir. Il invoquent ensuite la fatalité ou le manque de subventions de l'état. Ainsi soit-il !

Paul Gortini
* En Italie la situation est toute autre. Nous en reparlerons dans un autre article.

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dernière modification Août 2009