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26 janvier 2004


MARSEILLE PROPRE ?


Aussi longtemps que j'ai pu remonter dans le temps entre bibliothèques et archives, Marseille n'a jamais été une ville propre. Au sens propre et au figuré.
Autrefois, on excusait certaines villes d'être sales avec cette seule phrase tranchante : c'est un port. Mais ces temps désormais sont révolus : Naples, qui avait certes une réputation méritée, a changé comme par enchantement. La Fée de la providence fut son Maire Bassolino, maintenant à la tête du Conseil Régional de la Campanie.
La première action qu'il entreprit en tant que Maire de Naples fut de lutter contre la saleté par tous les moyens, y compris la lutte contre la pègre et la mafia. Car il est bien connu des spécialistes que la mafia, là où elle est installée, a tout intérêt à dégrader la ville et à entretenir la saleté. Certes, Naples ne sera jamais briquée comme Zurich ou Genève, mais on a donné aux citoyens l'envie de s'en approcher le plus possible.
Il est invraisemblable aussi qu'une ville comme Thessalonique, port important et immense carrefour où se croisent plusieurs peuples soit si propre et agréable à vivre comme un petit paradis. Et quand on parle de paradis, dans ce domaine, l'Australie est en bonne place.
Marseille pourra-t-elle rester sale encore longtemps ? La Mairie vient de lancer un programme pour améliorer la propreté de la ville. Améliorer c'est trop dire, car il faut partir de zéro. En exagérant un tout petit peu c'est comme si on voulait rendre nettes Calcutta ou Lagos. Mille fées et tous les dieux de l'Olympe n'en viendraient pas à bout.
Selon nous, les conseillers municipaux marseillais concernés semblent partir sur de mauvaises bases. Ils ont déclaré qu'ils ont pris conscience de la dégradation de la ville et de l'incivisme de leurs concitoyens. Ils parlent comme s'ils avaient été parachutés la veille à Marseille. Car quiconque passe pour la première fois de sa vie à Marseille s'aperçoit de suite qu'il faut slalomer entre les crottes de chiens, les canettes de bière et le papier gras de sandwiches et de frites. Pourquoi donc les élus n'ont-ils pas pris ce problème à bras le corps un peu plus tôt? Ne se promènent-ils pas dans leur ville ?
Les mauvaises langues (parmi lesquelles, nous avons une place !) disent que cette prise de conscience a été soudainement acquise par la perte de la Cup of America. Quel regard avaient les Suisses en se promenant sur la Canebière, sur la Rue de la République, voire sur le Prado avec son marché journalier qui ressemble plutôt à un marché d'ordures ?
Enfin il ne faut jamais désespérer. Attendons de voir les résultats de la campagne publicitaire pour une Marseille propre et ensuite la peur du Gendarme avec les amendes à la clé. En sachant que les motos remontent les sens interdits sous les yeux bienveillants de la police en uniforme, nous pouvons déjà savoir que les amendes ne viendront pas empêcher le pauvre bougre (qui a tout juste de quoi se payer un chich-kebab dans un boui-boui) de jeter sa canette et son papier gras par terre.
Marseille ne pourra devenir propre qu'une fois débarrassée de sa mafia. Pour qui travaille, vit et respire à Marseille, cette ville est sans aucun doute, à la date d'aujourd'hui, la seule ville de France où le non-droit est partout présent. Que les édiles fassent respecter les lois déjà existantes et la propreté au sens propre et figuré pourra s'installer définitivement.
Nous craignons que le million d'euros de la campagne publicitaire ne soit encore qu'un spot publicitaire, dans la ligne de mire des élections.
Nous aimerions tellement que l'avenir nous donne tort !


Jean Routaud


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dernière modification Août 2009