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COMME TOI, COMME TOI…ET L'ETERNEL REFRAIN DE L'INTEGRATION par Florence Girard Un monde où tout est étiqueté, où la différence
devient l'identité. Une société qui, dans le même temps est en perpétuelle
recherche d'une douceur incarnée par Simplet marchant sur son pyjama,
l'idole des enfants. Voilà la France noyée dans des questions qui
ne devraient pas être posées. La peur de l'étranger, la peur de
l'Autre…Mais n'est-ce pas plutôt la peur de soi-même qui pousse
des individus à s'inventer de toutes pièces une supériorité bien
rassurante. Depuis toujours, des tribus, des peuples, des religions,
des différences marquées ont été la cible à abattre et ont été rejetés.
L'Homme est allé jusqu'à vouloir la disparition définitive de l'Autre.
Les progrès actuels de la génétique, s'ils semblent honorables,
laissent entrevoir une fois encore un monde où le genre humain joue
à l'apprenti sorcier avec sa propre existence. L'eugénisme est la
mort de l'homo sapiens. Nous éliminons tout ce qui ne nous convient
pas, nous voulons paraître au présent sans voir plus loin. L'intégration
s'est de tout temps faite à reculons. Pourtant, l'individu n'est
que le moment d'une histoire dont le cours a de nombreuses sources.
Nous ne sommes que le résultat d'ingrédients variés qui se sont
mariés…Une simple salade composée ! C'est un choix entre la peur
de l'inconnu et l'ouverture que celui-ci peut apporter. L'intégration
transforme les repères et agrandit notre champs visuel sur le monde.
Etre intégré c'est exister légalement, un droit maint fois refusé
dans le passé à des minorités, les Protestants, les Juifs pour ne
citer qu'eux. En 1517, Luther rédige ses thèses : C'est le début
de la Réforme. Au départ, les pratiquants s'estiment huguenots avant
de faire partie du territoire français. Les parents baptisent leurs
enfants auprès d'un pasteur mais refusent de déclarer les naissances
et décès. Se mettant à part, ils ouvrent eux-mêmes le chemin de
l'exclusion car pour qu'une intégration soit possible, il faut une
volonté des deux côtés. Les guerres de religion déchirent et meurtrissent
le pays jusqu'à l'Edit de Nantes en 1598 qui précise les lieux de
culte autorisés. Mais les premiers instants du règne de Louis XIV
sont marqués par des mesures contraignantes à l'encontre des Protestants
; avec l'Edit de Fontainebleau en 1685, ce sont les destructions
de temples et l'obligation de se convertir. Et les "nouveaux convertis
" sont différenciés des catholiques de souche. Quelques siècles
plus tard, rien n'a changé, le refrain est le même avec le discours
du Français pure souche ! Les Réformés entrent alors dans la clandestinité,
une période dite "du désert " où s'ils veulent avoir une existence
légale, les huguenots doivent se faire enregistrer dans un registre
de catholicité. L'Edit de tolérance, en 1787, améliorera leur sort.
L'histoire de la religion juive en France est encore plus complexe
parce que plus longue et accusée d'être déicide. Au nom d'un Dieu
que personne n'a vu, combien d'humains sont-ils morts ou risquent-ils
de mourir ? Le Moyen Age est marqué par de multiples expulsions
et persécutions. En 1215, Hitler était déjà présent au Concile de
Latran qui impose aux Juifs le port de la rouelle, morceau d'étoffe
de couleurs vives, cousue sur le vêtement. Là encore lors des 40
charrettes de livres hébraïques brûlés place de Grève à Paris. Toujours
là au XVII et XVIIIième siècle lorsque les pratiquants seront appelés
"cochons " et là lorsqu'ils seront considérés comme des étrangers.
Le rejet était là, encore et encore, quand il fut obligatoire pour
eux de porter un chapeau jaune et d'être en résidence surveillée.
"Plus jamais ça ", comment le dire devant un refrain hurlé si souvent
? Le pas vers l'émancipation sera fait pendant la révolution : Enfin
reconnus Français. Mais cette qualité va s'effriter par deux fois
encore, en 1802 avec le "Décret infâme " puis durant la monstrueuse
période de Vichy et son "Statut des Juifs ". Après-guerre, les Juifs
ont cherché à s'intégrer, à s'assimiler. Aujourd'hui, ils hésitent
entre se retourner en arrière et se fondre dans la nation. Certains,
crispés, en quête d'identité, se regroupent et se retrouvent dans
un nouveau judaïsme tournant autour de la religion, l'identification
à l'état d'Israël et la pensée de la Shoah, traitant trop facilement
d'antisémite toute personne contrant leur volonté. Mais la majorité
veut l'assimilation, d'ailleurs 80% se marient avec un non-juif.
Le traumatisme des camps de la mort puis les conséquences de la
décolonisation en Afrique du Nord les ont laissés seuls, sans bagages
et c'est ainsi que les uns se barricadent, les autres s'assimilent.
Actuellement, les personnes originaires du Maghreb ou "ayant l'air
" se voient à leur tour objet de discrimination, coupables de tout
et de rien. Mais plus grave peut-être parce que plus sournois et
plus hypocrite est le rejet des personnes porteuses de particularités,
de handicaps. "Le meilleur des mondes " avec clonage n'est plus
très loin. Victoire ! Le 18 mai 2000 une équipe de chercheurs a
publié l'annonce du séquençage du chromosome 21, responsable en
surnuméraire de la Trisomie 21 appelée dédaigneusement Mongolisme
par les ignorants qui s'ignorent. Victoire bien hypocrite car, si
enfin on accepte de se pencher sur cette anomalie génétique après
tant de temps, n'allons pas croire que l'Homme s'est réveillé plus
mature un matin, c'est parce qu'on a découvert que le chromosome
21 était aussi responsable de maladies comme certaines formes d'épilepsies
ou Alzheimer. Et là, tout devient intéressant puisque les personnes
atteintes de ces maladies ont dans leurs mains des voix électorales.
Elles, ne sont pas déclarées mineures toute leur vie, elles sont
donc à choyer et non à rejeter. Mais au-delà de cet aspect, cela
aura le mérite de pousser au maximum l'étude de ce chromosome. La
Trisomie est la plus fréquente des anomalies génétiques puisqu'elle
touche 1 naissance sur 700. Pourtant, elle est mise à l'index parce
que peu connue. Résultat, cela concerne 10% des abandons d'enfants
(heureusement, les adoptions se multiplient malgré les "Ce sont
des fous, ce sont des bonnes sœurs pour faire cela, ils ne savent
pas ce qu'ils font "). Qui connaît réellement cette anomalie ? Toutes
les fonctions supérieures sont normales (morale, esthétique) et
pour l'apprentissage, il est plus long mais il se fait relativement
bien : Beaucoup savent lire, comprendre et compter. Eh oui ! Les
personnes dites normales se retrouvant illettrées sont pourtant
mieux intégrées parce que leur physique est moins atteint. Le chromosome
21 livre enfin ses secrets. Alors l'inconnu s'effaçant, peut-être
le regard des gens qui se disent normaux changera-t-il. Ce n'est
pas un hasard si le film " E.T " a eu un tel succès ! Le séquençage
va permettre de favoriser la thérapie et plus seulement le diagnostic
prénatal. Car aujourd'hui, parce qu'il y a cette possibilité (qui
comporte un risque d'erreur non négligeable) de dépistage, on ne
donne presque pas de moyens à la recherche. Avec l'arrêt Perruche
qui a posé le principe d'un "préjudice à être né ", l'eugénisme
a été touché du doigt. Sa jurisprudence a permis en novembre 2001
d'accorder une indemnisation à un enfant porteur de la trisomie
21 parce que l'anomalie n'avait pas été détectée. Il y a donc faute
médicale puisqu'il existait un remède non administré : L'IVG ! L'intégration
n'étant pas innée, elle a besoin de lois. En 1975 le Code Civil
prévoit que les enfants handicapés doivent être prioritairement
intégrés en milieu ordinaire avec les moyens nécessaires. Voilà
une belle avancée…sur le papier. Elle n'est pas appliquée et les
moyens nécessaires sont carrément insuffisants. Parents et enfants
ont l'impression de faire l'aumône. A Paris, en 3 ans 45 postes
d'enseignants spécialisés ont été supprimés. C'est vrai, il serait
plus simple que ces enfants à particularité restent cachés et exclus.
Bien souvent, lorsque l'Education Nationale se trouve dans l'obligation
(après des mois, des années de lutte) d'intégrer, alors l'enfant
dort toute la journée sur son bureau. Ce n'est pas une image, c'est
la réalité plusieurs fois rencontrée. L'enfant pleure pour apprendre
à lire et la France lui refuse ce droit élémentaire. Ailleurs, en
Argentine notamment, 50% des écoles accueillent des enfants handicapés
(un projet est élaboré pour chacun) et ce, depuis les années 70.
Qui se lève contre ces horreurs portant atteinte à la dignité humaine
? Personne. Les médias ne font pas leur travail, sauf en de très
rares occasions pour parler de l'anomalie elle-même et de l'avortement
thérapeutique, ce sauveur de l'humanité. Ce n'est pas un sujet qui
se vend, il vaut mieux aller voir au Rwanda, en Algérie, en Palestine,
en Afghanistan ou dans les stades, dans les coulisses people de
la politique où l'on refait le monde assis derrière un bureau et
les pieds en éventail. Bien plus rentable et cela permet l'avancée
d'une carrière. Pour l'intégration tout reste à faire, toujours.
Mais ceux qui s'y opposent ne font que reculer ce moment car, de
tout temps, la France, le monde, a eu ses vagues d'immigration et
les particularités ont fait la richesse des peuples. Nous en sommes
le fruit. Les particularités doivent nous rappeler que personne
ne peut prétendre à la perfection. Trop nombreux sont les humains
qui passent le temps à se comparer, à jalouser les autres, à jalouser
le bonheur jusqu'à le détruire. L'Homme pur, la race pure, la pureté
originelle, ce n'est que du délire destructeur. Quel "Homme pur
" ? Nous ne sommes que des "poussières d'étoiles ". S'ils veulent
aller au bout de cette folie, il va falloir faire disparaître tout
nouveau-né puisqu'il est le réservoir potentiel de handicaps futurs
(suite à un accident) et de faiblesses futures (dues à la vieillesse).
Cette vision ne peut mener qu'à la disparition de l'homo sapiens.
Un vrai suicide collectif.
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