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HAITI COULEURS, HAITI MALHEURS par Florence Girard Inadmissible ! La première nation noire a avoir
gagné son indépendance, la première république noire au monde a
perdu depuis longtemps cette liberté. Pourtant…la gentillesse, le
sourire, la dignité, le refus de tendre la main telle une mendiante,
voilà la vraie Haïti, de l'ébène posé sur du bleu outremer, une
perle posée sur la mer des Caraïbes. C'était le joyau de l'empire
français, le Saint-Tropez de l'époque avec le naturel en plus. Au
moment de la révolte, l'île produisait plus de la moitié du café
mondial et la moitié du sucre importé en Grande-Bretagne et en France.
Des esclaves venus d'Afrique avec le vaudou comme seul héritage
ont su se forger une identité. C'est un peuple qui, après son indépendance
et les vicissitudes de l'Histoire est resté fier. Découverte en
1492 par le tendre Christophe Colomb, elle fut tout d'abord colonisée
par les Espagnols. En 1697, les Français s'installent à l'Ouest
de l'île appelée Hispaniola et baptisent cette partie Saint-Domingue.
En l'an 1791, les esclaves noirs se révoltent sous la conduite d'Alexandre
Petion, Henri Christophe, Jean-Jacques Dessalines et Toussaint Louverture.
Ils gagnent le droit de jeter leurs chaînes face à Napoléon Bonaparte
: Haïti naît le 1er janvier 1804. La France, l'Occident en général
et l'Amérique en particulier veulent jouer aux bons samaritains
après avoir plongé sciemment le pays dans le marasme. Et le petit
peuple n'a plus qu'une arme, sa dignité, pour se sentir vivant.
Marcher pieds nus sous un soleil de plomb, économiser sur l'argent
du trajet afin de rendre en pamplemousses un repas que les "blancs
" lui ont prétentieusement jeté à la figure ! Les kidnappeurs de
liberté ont mis l'île en miettes pour mieux l'asservir. Il nous
a été dit qu'avec l'ONU, les élections, tout allait changer mais
ce n'était que mensonges et rêves. Aujourd'hui comme hier, les pasteurs
mangent en Amérique et utilisent leurs "frères ", les congrégations
religieuses se gavent et mettent à la rue les employées enceintes
puisqu'elles deviennent moins rentables, les ambassades font la
carpe, les prisons se remplissent de journalistes et opposants de
tout bord, les menaces font parties du quotidien, les orphelins
grouillent, la désertification continue son avancée, le peuple meurt…fier.
Rien n'a été fait non plus pour régler le grave problème relatif
au travail des enfants, ou plus exactement relatif à la "servitude
d'enfants pour dette " et qui concerne 300.000 petits et surtout
petites. Certains, certaines n'ont pas quatre ans mais déjà elles
sont utilisées, elles sont esclaves domestiques. Pour toute réponse
le FMI bloque ses aides en attendant un règlement à la crise politique
qui fait suite aux élections législatives contestées de mai 2000
et aussi une démocratisation rapide. Et pendant ce temps 3 millions
d'îliens vivent dans la violence, la pauvreté et ne peuvent qu'observer
le climat d'impunité entourant les meurtres et les trafics. Les
Aristidiens les ont déçus, le pouvoir est corrompu, divisé, de plus
en plus dictatorial. En 1915, Haïti est occupée par les USA, cela
durera 19 ans ! Mais ces derniers, face à une forte résistance,
ne parviendront jamais a implanter leurs grandes plantations. Ils
laisseront une armée qui leur restera fidèle pendant tout le XX
ième siècle, ce qui leurs permettra d'avoir la main mise sur la
politique. En 1957 un coup d'état installe la dictature des Duvallier
pour 29 ans. Ensuite, les coups d'état vont s'enchaîner jusqu'à
l'installation puis la réinstallation de Jean-Bertrand Aristide
au pouvoir. Mais ceci n'a pu se faire qu'avec une intervention militaire
internationale menée…par les USA. La situation géographique de l'île
est responsable de cette omni présence étrangère. Le canal de Panama
est devenu vital pour l'économie américaine et, entre Cuba et Haïti
existe le "détroit du vent " qui facilite l'accès au canal. Là,
tout devient plus clair et l'on comprend mieux les interventions
de l'oncle Sam à Grenade, Cuba et…Haïti, elles coïncident avec des
pertuis. Pourrissant un climat déjà mafieux, la drogue se mêle à
l'armée et à la police. Des cargaisons de poudre blanche disparaissent
et tout laisse à penser que de hauts responsables sont concernés.
La côte sud de l'île est située en face de la Colombie, chaque année
y transitent environ 30 tonnes de cocaïne destinées aux USA. Ce
trafic accentue très fortement l'instabilité du pays et pour mieux
asseoir leur pouvoir les gros trafiquants se sont installés à Port-au-Prince.
La perle des Antilles a été utilisée, pressée. Aujourd'hui, elle
est opprimée, muselée, utilisée encore et encore. Vers elle, les
alizés transportent l'hypocrisie, le mensonge et les regards hautains.
Les pays responsables et coupables de ses malheurs laissent une
boue mafieuse, crient aux droits de l'Homme, suppriment les prêts
et font du misérabilisme nauséabond. Le peuple, lui, essaie de rester
droit face à l'adversité, fier. Beaucoup d'Occidentaux, beaucoup
de Français imbus auraient bien des leçons à recevoir des Haïtiens.
Ils refusent de tendre la main, d'être au "RMI ". Plutôt que de
faire du misérabilisme dégradant, il faudrait balayer devant chez
soi.
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