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Mars 2007
L’enlèvement
au Sérail
Mozart à
l’Opéra de Marseille c’est normal et
naturel.
La bonne surprise est l’excellente interprétation du premier vrai chef d’oeuvre du compositeur par une équipe d’artistes lyriques qui ont su rentrer avec grâce et intelligence dans la peau des personnages accompagnés en cela par la baguette magique du chef d’orchestre. Seul regret : quatre représentations. Reprogrammé
à l’Opéra de Marseille après
douze années d’absence, le plus
célèbre Singspiel de Mozart a été accueilli aussi bien par le
public averti que par le néophyte avec un immense plaisir
goûté à chaque note et à
chaque air.
Ce genre d’écriture populaire, composé de prose et de chant, dont les Allemands ont été toujours gourmands, fait les plus beaux jours des Opéras autour de la planète depuis plus de deux siècles car la création eut lieu un lointain juillet 1782 au Burgtheater de Vienne en présence des Augsbourg. D’ailleurs il reste cette fameuse remarque de l’Empereur Joseph : « Magnifique pour nos oreilles, mais beaucoup, beaucoup trop de notes, cher Mozart »…et le compositeur qui avait tout juste vingt six ans et avait atteint avec cette oeuvre la pleine maturité artistique, ce qui ne l’empêchait pas d’être toujours espiègle, répliqua du tac au tac : « Même pas une de trop, mais juste ce qu’il faut, Majesté !», laissant sur leur faim, -encore un trait de son génie spontanée-, jusqu’à la fin des temps quiconque oserait une nouvelle remarque de ce genre. Le cas ne s’est pas posé depuis. Les musicologues ont tranché : cet opéra est le premier chef d’œuvre de Mozart après son arrivée dans la capitale autrichienne. Wolfang Amadeus a mûri, et au faîte de son art a changé d’un coup les canons de l’opéra traditionnel. Par un trait de génie (encore un), mais il y a travaillé cependant un an, réussit à trouver sa propre formule en élevant son Die Entführung aus dem Serail à un niveau supérieur de ce qui était l’opéra comique français ou l’opera buffa italienne. Sa musique est vivante et vibrante, même pour les sourds des sentiments, pour les aveugles des passions… Quant à l’histoire, elle est simple et connue par tout le monde, donc nous n’allons pas nous y attarder. Dans une Europe qui fantasmait sur l’Orient et sur les harems, en mélangeant exotisme et érotisme, l’Enlèvement au sérail verse plutôt dans la délicatesse des sentiments. Il est question de Turcs…tiens ! quelle surprise….le monde ne change pas… Il faudrait rappeler que la dernière razzia des Turcs sur les côtes de l’Italie du sud eut lieu en 1825 !!! C’était donc un des épisodes de l’actualité qui avait été repris dans le livret de Bretzner, mais bien remanié par Gottlieb Stéphanie. Notre Turc, Selim Pacha, est toutefois un despote éclairé : on le fait rentrer sans son avis dans le siècle des lumières ; on finit par nous le présenter encore plus chrétien que tous les chrétiens (toute branche confondue) européens… On a voulu trouver des messages maçonniques ici comme dans d’autres oeuvres …comme à notre époque on veut trouver des messages politiques même dans les feuilletons télé…. Amusez-vous, Messieurs, Mesdames, trouvez, trouvez les symboles cachés dans la forêt et vous perdrez la poésie des notes qui s’envolent de la gorge du rossignol sur la scène…. Dans un décor réduit au minimum, l’équipe qui est venue cette fois à l’Opéra de Marseille nous a fait un cadeau de qualité, tant du point de vue lyrique que du point de vue théâtral, mais surtout nous avons apprécié la fluidité de la direction musicale et la fraîcheur des artistes. Bonheur d’écouter, bonheur de voir, bonheur de vivre : un Mozart tout court. Metteur en scène : Vincent Vittoz. Direction musicale : Thomas Rösner. Orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille. Konstanz : Jane Archibald.Blondchen : Brigitte Fournier. Belmonte: Edgaras Montvidas ou Juha Riihinäki. Pedrillo : Loïc Félix. Selim Pacha : Karim Saleh. Osmin : Jyrki Korhonen. Oscar Carchidi
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