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Décembre 2008


QUELQUES NOTES POSEES SUR LA CANEBIERE



La cité phocéenne a vu défiler sur sa mythique avenue, a vu déambuler dans ses ruelles une nuée de voyageurs, d’aventuriers de tout horizon, de femmes et d’hommes célèbres ou qui le deviendront. Marseille, porte de la Méditerranée, Marseille ouverte au grand large, Marseille et son port ont de tout temps aimanté les regards et nourrit les imaginaires.
La ville n’aime pas rester en retrait de l’Histoire.



          …Et voilà que le symbole du romantisme y a lui aussi séjourné ! Oui, bien sûr que je parle de lui…mais oui, de Chopin !
Mais voilà que bien peu de Marseillais, bien peu de Provençaux le savent. Comment cela est-il possible ? Peut-être est-ce dû à un manque de communication fort classique – je sais, jeu de mot facile ! – sur la Canebière. Ou peut-être est-ce dû au fait que Chopin n’ait pas apprécié Marseille. La ville se vengerait-elle ? Allons savoir…Pour ceux qui seraient intéressés, une plaque a tout de même été posée sur la façade de l’église de Notre-Dame-du-Mont rappelant la visite que l’homme y a effectué en 1839. Nous pouvons lire, simplement, que le compagnon de George Sand  « joua de l’orgue pour les obsèques du ténor Adolphe Nourrit ».

Alors comment le romantique et fort tourmenté compositeur a-t-il pu se retrouver dans les rues marseillaises ? L’emploi de « fort tourmenté » n’est pas à prendre de façon péjorative par  celles et ceux qui vénèrent Chopin !
Qui était ce personnage, l’homme, l’Homme, l’artiste, l’homme et l’artiste ? Un compositeur chez qui le piano est omniprésent et dont André Gide disait « il charge d’émotion chaque note ». Un homme que la nuit révèle, un homme qui se révèle dans l’air nocturne et sous les doigts de qui se révèlent les « Nocturnes ». Un homme mélancolique, jamais en paix avec son reflet dans le miroir de la vie. Chopin, ayant subi, vécu l’exil, Chopin un être vulnérable, une âme écorchée, torturée. Ecorché comme son pays la Pologne, tant de fois opprimé, oppressé,  si souvent étouffé. Cet homme tourmenté, dans ses anxiétés et ses rêveries, il offrira à ses œuvres le reflet de sa vie. Qu’est-ce que la tourmente…un vent qui cherche, qui se cherche, s’énerve parfois à se chercher. Chercher, essayer de comprendre les choses, les autres, le monde, voilà qui peut égarer parfois dans les méandres des réflexions et les façons d’appréhender notre monde, la vie.

Mais ne nous égarons pas justement ! Revenons donc à monsieur Chopin venu dans la cité phocéenne. Qu’était-il venu y faire ?
L’artiste, l’homme est malade, bien malade. Avec George Sand, ils étaient partis découvrir Majorque mais là-bas, malheureusement, de par sa maladie vécue comme contagieuse, le couple est repoussé, écarté.
Ecœurés, tous deux quittent l’île et après une escale espagnole désastreuse elle aussi, les voilà débarquant sur un quai marseillais un jour de février 1839, le 24.
Là, Chopin se sent au repos, content d’être en France. Il s’installe pour un temps au 71 de la rue de Rome, chez un ami. Notre âme tourmentée au corps fatigué, attendant une guérison jugée comme possible par différents avis médicaux, part habiter l’hôtel de la Darse. D’ailleurs, notre compositeur semble aller mieux, un temps, mais ses finances ne vont pas bien. Or les problèmes pécuniers n’arrangent jamais le moral et tout ceci rejaillit sur sa santé. Chopin ne se sent pas bien, pas bien du tout. D’autant que sa relation avec sand est en bout de course, non seulement en bout de course mais orageuse ; la dame en tirera cette exclamation « enchaînée par la pitié, il y a 9 ans que, pleine de vie, je suis liée à un cadavre ! ». Le couple va déménager encore le 01 avril pour aller loger à l’hôtel Beauvau sur le Vieux-Port. Là, à lire Sand, « la racaille musicale » les poursuit. Vision particulière des phocéens il faut le reconnaître…à tort ou à raison. Allez, ajoutons que tous deux n’appréciaient pas non plus Marseille « laide et vieille », Marseille et ses odeurs. Aïe ! Est-ce pour ces jugements que le passage du compositeur a été, est si largement oublié ? Il faut reconnaître que, aujourd’hui encore, lorsque la grève des poubelles refait surface, cela fait fuir les touristes…et nous ne pouvons que les comprendre.
Alors, Chopin sur la Canebière ou devrions-nous dire Chopin à Notre-Dame-du-Mont, non loin de la Plaine ? Une église, ancien haut lieu de pèlerinage des marins, une église au sombre intérieur invitant à l’intériorisation, en ce lieu l’artiste est attendu. Il joue de l’orgue, il est bien là, bien vivant, présent avec son doigté, son interprétation. Lorsque son ami Adolphe Nourrit se suicide à Naples, le corps est rapatrié sur Marseille et c’est ainsi que, pendant la messe d’adieu à Notre-Dame-du-Mont, Chopin joue à l’orgue « les Astres » de Schubert. Pourquoi ce morceau ? Parce que Nourrit l’aimait tout simplement. Les Marseillais, ce jour, avaient fait église comble et même payé cher le droit d’assister à cette messe, de voir, d’écouter l’âme romantique. Liszt en dira que l’interprétation a été exécutée d’une façon douce ; les citoyens venus en curieux s’attendant aux sauts d’humeur de l’artiste en furent ainsi pour leurs frais. Chopin était calme. Ceux qui s’étaient déplacés comme pour aller au cirque restèrent sur leur faim mais ceux venus pour écouter l’âme tourmentée durent être enchantés.

L’homme n’est pas guéri, loin s’en faut. Cette ville n’est pas faite pour lui. Il part quelques jours, accompagné de George Sand, pour Gênes ; le couple en reviendra pour partir définitivement de Marseille le 22 mai.
Chopin, Sand, la fin de leur histoire tournera ses pages loin de la cité phocéenne. Chopin, sa mort en 1849 à seulement 39 ans se déroulera loin du Vieux-Port. Chopin et Marseille, pas une histoire d’amour, un simple passage, quelques pages d’une vie dense, mouvementée, tourmentée, musicale. Mais il reste que Chopin le romantique, le symbole du romantisme, le grand artiste, le grand classique est venu à Marseille et certains aiment à suivre ses pas…N’oublions pas ces quelques pages d’une vie.

Sophie Brion

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dernière modification Août 2009