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Mario Rigoni Stern n’est plus. Je n’ai aucune raison de faire une oraison funèbre ni de publier sa biographie et sa bibliographie. J’ai demandé simplement à un professeur, Madame Groelly et à ses classes, de rendre un hommage à cet immense écrivain italien. Parce que Madame Groelly a inculqué à ses élèves tous les principes et les recettes de paixde cet écrivain. Ils se sont rendus auprès de lui plusieurs fois et ils en conserveront ainsi tout le long de leur vie un souvenir indélébile. Madame Groelly est professeur d’anglais au collège Marie Mauron à Cabriès, pas loin d’Aix en Provence, mais elle maîtrise parfaitement aussi l’italien. O.C. Bouc Bel Air, le 15 mars 2008. Caro Mario, Il n’y aura plus de rencontre, ni avec les élèves, ni avec les plus grands, ni avec personne… Vous êtes désormais alité. Il y a peu, vous viviez comme au fil de vos livres : dans la forêt, à nommer les neiges des saisons, les arbres, la vie animale du Haut Plateau ; à faire le potager aussi, à couper et ranger votre bois, à écrire la douleur des hommes, toujours, à écouter et à observer ce qui palpite. Pourtant, en filigrane, c’est votre jeunesse sur les fronts des guerres de l’Europe, à sauver les camarades sacrifiés sur la neige, à obéir à des ordres tueurs, qui continue avec son enchaînement implacable de cauchemars à vie. En regardant la photo de l’été 2007 où vous paraissiez déjà si fragile sur le banc de votre maison d’Asiago, il m’est difficile de ne plus rien envisager sans votre aide, Mario… Les élèves que vous avez patiemment rencontrés deux années de suite, qu’ils soient de Cabriès ou de chez vous, ont grandi mais ils continuent à nous parler de ces rencontres ; iront-ils, dans leur vie d’adulte, au-delà de la lecture des « Saisons de Giacomo » ? Continueront-ils à se souvenir d’Asiago ? Une nouvelle génération d’élèves ira sur le Haut-Plateau à la fin du mois. Ils ont travaillé cette fois sur la Résistance, lu « Un gars de chez nous » et reconnu votre ami Moretto dans le texte de Luigi Meneghello ou dans « Les petits maîtres » de Lucchetti. Les questions à poser à Dante Caneva et à Guido Azzolini, deux partisans de chez vous, sont prêtes ; ils en ont préparé à votre adresse aussi ; vous les aurez ; les réponses sont bien sûr dans vos livres mais ces générations ouvriront-elles d’autres livres de vous ? Vous, l’homme sans frontières, savez-vous que la langue est « une barrière » continue-t-on de dire dans notre petite France, comme pour se dédouaner de l’effort d’en apprendre, des langues, comme si la volonté de l’individu n’était pas la seule paresseuse coupable dans ce domaine ! Après Hugo que vous avez lu et, qui, comme vous, souhaitait la création d’une Europe véritable, des enseignants sont « sur le pont » pour la faire admettre et la faire vivre avec leurs moyens de « bord ». Pour Asiago, à la fin du mois, nous avons préparé des textes en six langues sur l’Hymne à la joie ; acte symbolique, nous le chanterons, cet hymne, à la Scuola media les 2 collèges réunis; l’entendrez-vous ? Nous vous l’adressons avec ferveur. Tout ce chemin parcouru pour vous atteindre fut riche de rencontres et d’échanges ; autant de strates faites de gens divers de générations qui se regardent et se parlent. Vous affection pour le peuple russe qui a tant souffert permet de remonter à Maxime Gorki : « J’ai l’impression d’avoir été dans mon enfance comme une ruche où des gens divers, simples et obscurs apportaient, tels des abeilles, le miel de leur expérience et leurs idées sur la vie ; chacun d’eux à sa manière enrichissait généreusement mon âme. Souvent, ce miel était impur ou amer, mais qu’importe ; toute connaissance est un précieux butin ! ». Croyez –vous, Mario, que sur les mille chemins que sont les vies de nos élèves, ont été semés les petits cailloux que l’on retrouve toujours ? Sont-ils déjà sur leur table de travail, entre une canette vide de coca, le i-pod et la photo du ou de la petite amie du moment ? Demain, posés sur une étagère de leur bibliothèque ? Les- rouleront-ils sous leurs doigts en allant y choisir un livre ? Se diront-ils alors : « J’ avais 15 ans, et Mario Rigoni Stern nous a dit un jour : « Apprenez à dire NON à tout ce qui n’est pas bon pour vous ! Éteignez la télévision et sortez ! Ne soyez pas pressés de grandir et soyez toujours amoureux ! » Et
nous, les grands, nous nous surprenons à relire la mort du
lieutenant Sarpi une nuit froide de Russie, sur le Don, au nouvel an
43 ; ou bien la destruction du Haut Plateau en 16 par les
armées
autrichiennes sous les yeux du vieux Tönle ; ou
encore le
récit du Lager 344 où un jour de
sélection, le
seul mot « RUSSLAND »
posé sur une
cicatrice, suffit pour vous sauver la vie ; et puis, nous
avons suivi le lièvre blessé avec vous dans la
neige du
Plateau, de longues heures. Avons-nous compris de quelle
humanité
vos livres sont pétris ? Combien
d’auteurs dans nos
études respectives de professeurs ont marqué
notre
esprit en éveil via un beau texte, un texte riche, une
pensée
muée en règle de vie ?
L’habitude du silence qui
vient tard dans l’expérience me permet cette
écoute
de vos textes sobres, ciselés,
généreux… Élisabeth
Groelly, Collège
Marie Mauron,
13480 Cabriès. France. L'ULTIMO CAMMINO
« Hier
fut une journée de printemps resplendissante et je pleurais
parce que tu étais parti. Aujourd’hui, le ciel est
voilé….Pourtant je ne pleure plus parce que je
garde dans
mon cœur le trésor que tu m’as
laissé et qui m’aide
à être moins stupide et moins mauvais.»* 19
juin, 4 heures ; la lune est pleine. Ces moments pris sur le
sommeil et sur l’agitation du jour sont une offrande
à Mario
Rigoni Stern, disparu il y a trois jours sur le Haut Plateau
d’Asiago, Vénétie, selon son souhait. «
Che bel dormire ! Senza affanni, senza dolori, senza
sogni.
Se così è la morte, non è brutto
morire. »
(3) Un
regard levé vers ses livres bien serrés dans la
bibliothèque ; serrés comme
l’est son écriture
économe ; dans les deux langues, ses livres sur
l’étagère ; non, il y en a une
troisième
pour celui-ci offert dans un grand éclat de
rire :
« Un libro in tedesco, scritto dall’ un
italiano e
offerto a una signora francese professoressa
d’inglese ! »
(7) Mario sait
aussi la bonne humeur et encore la douceur du langage, et la
fraternité de l’échange
sobre…Un hiver glacial,
Paolini le suit dans la neige des 7 communes ; ils se sont
rencontrés, il y a peu ; Ce
matin en Provence, le jour pointe déjà ;
première
chaleur de l’été. Élisabeth
Groelly. (1): Stagioni , Primavera.* (2) : Stagioni, Primavera. (3) : Stagioni, Estate. (4) : Histoire de Tönle. (5) : DVD Il sergente(2008) ; Marco Paolini. (6) : Le sergent dans la neige/ La dernière partie de cartes. (7) : Geblendet und betrogen ( la dernière partie de cartes) (8) : Rittrato ; DVD : Carlo Mazzacuratti et Marco Paolini. (9) : Le sergent dans la neige.
*« Ieri
era una giornata splendida di primavera….Ma io piangevo
perché
tu te ne eri andato. Oggi il cielo è velato. …Ma
non piango
più perché ho nel cuore il tesoro che tu mi hai
lasciato e che mi aiuta a essere meno stupido e meno
cattivo. » Omaggio a Mario Rigoni Stern Sono qui per l’ultima volta con i miei studenti ; il gemellagio tra i nostri due paesi, non si farà più, poiché nel futuro prossimo sarò in pensione. Ma auspico che docenti più giovani rinsaldino questi legami già abbozzati. Ho
scoperto il vostro bell’Altopiano nei libri di Mario Rigoni
Stern,
tanti anni fa… ho letto per una dozzina di anni la sua
opera, prima
in francese, quasi tre volte : semplice, stupenda, autentica,
all’
altezza di un’Uomo… L’anno
successivo mi sono impegnata nello studio della lingua italiana con
la mia classe delle medie ed in un primo progetto, intitolato:
«
À la rencontre de Mario Rigoni Stern. UNE VISION HUMANISTE
DE
L’Europe » ;
la successiva primavera, grazie alla sua traduttrice, la signora
Angelini, ci fu l’incontro a casa sua ; pessimo era
il mio
italiano e mio marito non parlava la lingua ma per due ore, abbiamo
parlato, ci siamo capiti…Poi, gli studenti l’hanno
incontrato
alla scuola media per due anni di seguito. Elisabeth Groelly, Asiago , 4 aprile 2008.
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