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MARDI 23 SEPTEMBRE 2008

INTERVIEW de M. BERNARDINO MANCINI
CONSUL GENERAL d’ITALIE à MARSEILLE

par Oscar Carchidi et Henri Moreau



Rue des Consuls : Monsieur le Consul Général d’Italie, vous voilà à presque mi-mandat. Vous avez eu donc le temps de connaître dans les moindres détails la communauté italienne dans toute votre juridiction consulaire qui est pourtant très vaste.
Quel est votre regard sur vos nombreux concitoyens dans cette région ?

M. le Consul : Avant tout, la juridiction consulaire du consulat italien de Marseille va de la frontière espagnole à Saint-Tropez, du Vaucluse à la Corse. C'est donc très vaste. Les Italiens, détenteurs du passeport italien, et qui habitent cette région, sont au nombre de 35000. Mais il existe aussi 300.000 Français d'origine italienne. Donc, pour nous, consulat italien à Marseille, l'activité culturelle et l'activité commerciale sont très importantes, car les Français d'origine italienne tiennent beaucoup à leurs racines. Partout où je vais, dans la juridiction consulaire de Marseille, je vois qu'il y a beaucoup d'initiatives pour rappeler ce qu’est et ce qu’a été la culture italienne. Il y a beaucoup d'organisation comme la Dante Alighieri , par exemple, qui ont ouvert des cours de langue italienne à Perpignan, donc très loin de la frontière italienne, et même à Carcassonne, à Montpellier, à Toulon et en Avignon.. C'est vrai qu'au début des grandes ‘migrations’ à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle les Italiens ont eu de graves problèmes avec la population locale. Mais l’« intégration » s’est faite plus ou moins rapidement, et aujourd'hui il n'y a plus aucun problème qui subsiste. Tout le monde aime l'Italie, pour preuve les activités touristiques développées entre le sud de la France et notre pays.

R.D.C. : L’Italie et les Italiens sont en majorité favorables à l’Europe, soit pour des raisons historiques, soit affectives. Mais pensez-vous que vos concitoyens qui résident dans cette région vivent de la même façon l’idée de l’Europe ?

M. le Consul : C'est difficile à dire, mais c'est vrai que les Italiens aiment beaucoup l'Europe. Ils ont beaucoup appuyé l'Europe et les gouvernements italiens, quels qu’ils soient, ont été toujours favorables à l'Europe. Je n’ai pas eu beaucoup d'occasions de parler avec les Italiens du sud de la France, de l'Europe ; mais dans mes rencontres j'ai toujours eu l'impression qu'on pense de la même façon, c'est-à-dire comme les Italiens en Italie. Je crois en plus que les Italiens du sud de la France, en particulier ceux de la région des Bouches du Rhône, appuient l'idée du Président Sarkozy de l'Union pour la Méditerranée. On voit en quelque sorte Marseille comme la capitale de ce mouvement en faveur de la mer Méditerranée à côté de l'Europe.

R.D.C. : Un certain discours revient de plus en plus dans les cercles diplomatiques européens : celui de l’abolition, à court ou moyen terme, de certaines légations consulaires. Déjà on constate que beaucoup de consulats de pays européens prennent en charge d’autres pays de l’ U.E.
Quelle est la position du gouvernement italien autour de ce sujet ?

M. le Consul : Il ne s'agit pas d'abolition de consulats. L’Italie est en train de transformer le réseau des consulats puisque les Italiens, comme on peut le constater, sont maintenant intégrés dans les pays où ils vivent. Il n'y a plus de nécessité de consulats dans la forme ancienne, c'est à dire un lieu de services administratifs. Le consulat aujourd'hui a un rôle différent : il représente une expression de la culture du pays et c'est un pôle pour aider le commerce entre les pays. C'est vrai que se forme une idée qui avance en Europe : celle de réunir certains consulats. Il y a des pays très petits en Europe. L'idée, c'est de pouvoir garder les consulats dans quelques pays qui vont s’occuper d’autres pays plus petits. Je pense aussi au Moyen Orient, à l'Asie, et dans d'autres horizons, de réunir dans un même lieu les consulats de différents pays pour réduire les coûts. A New-York , par exemple, (où j'étais aux Nations Unies), on a créé un lieu où les missions diplomatiques des pays faisant partie de l’Union Européenne auprès de l'ONU se réunissent toutes ensembles dans un même lieu et discutent des activités à développer au sein des Nations Unies.

R.D.C. : A-t-on déjà une idée de l’avenir de la « Casa d’Italia » à Marseille ?

M. le Consul : En ce qui concerne la Casa d'Italia, elle restera toujours là. Pour l'instant, il n’est pas question, en aucune façon, de la fermer. Au contraire, je voudrais faire quelque chose pour augmenter l'activité de cette maison de l'Italie. J'ai déjà contacté des architectes et la commune de ce secteur pour voir s'il y a possibilité de réhabiliter l'église qui se trouve dans ce bâtiment. C’est une grande église et j’aimerais la faire transformer, pas seulement en une église active, mais en une salle de concerts comme il en existe beaucoup dans d’autres pays. J'espère pouvoir obtenir ce résultat en considérant que Marseille sera en 2013 la capitale européenne de la culture. Donc, on a tout intérêt à favoriser une opération de ce genre. Je pense que dans le futur la Casa d'Italia sera plus présente dans la ville.

R.D.C. : Marseille a toujours été une ville italienne (selon Monsieur Temime, expert de l’immigration et de l’histoire de cette ville). Autre adage est que cette ville ressemble à Naples.
N’est-il donc pas aberrant que Marseille soit jumelée à Gênes et non à Naples ?

M. le Consul : C'est vrai qu'à Marseille vivent beaucoup d'Italiens et beaucoup de Français d'origine italienne. Au début du siècle, en 1900, exactement dans les années 1920, vivaient à Marseille 100 000 Italiens ayant le passeport italien, mais ils ne venaient pas du sud de l'Italie mais du nord. Ils étaient Piémontais, Lombards, et de la Ligurie pour le plus grand nombre. Il y avait parmi eux ceux originaires de Sicile et de la Campanie, la région de Naples. C’est vrai. Je n'étais pas là quand on a eu l'idée de jumeler Marseille à Gênes, mais c'est une raison due au trafic portuaire. Gênes et Marseille sont proches, mais il ne faut pas oublier que la région PACA a signé un accord de coopération avec la région de Campanie. Il y a des contacts très suivis aujourd'hui entre les deux régions. Si vous allez à la Maison de l'Artisanat à Marseille, vous trouverez l'exposition de Salerne ; à la foire de Marseille Salerne sera hôte d'honneur. La chambre de commerce franco-italienne de Marseille a des contacts particuliers avec la Campanie.

R.D.C. : Justement, la Foire internationale de Marseille va avoir lieu, événement phare en ce qui concerne les échanges commerciaux. A quoi peut-on s’attendre cette année, dans un climat morose, aux allures de récession ?

M. le Consul : En ce qui concerne l'Italie, je crois que nous aurons de bons résultats comme toujours. Notre pays est celui qui est le plus présent au Parc Chanot. A la Foire de Marseille, c'est justement l'Italie qui se trouve dans le palais des congrès et qui est présente avec des produits alimentaires, du mobilier, parmi bien d’autres choses. Cette organisation, qui est orchestrée par la chambre de commerce franco-italienne, a toujours obtenu de bons résultats.
Je crois, en ce qui concerne l'Italie, qu’ il n'y aura pas de problèmes liés à la récession dans cette nouvelle édition de la Foire.


COnférence de presse à la foire de Marseille
De gauche à droite : Monsieur Franco Bottiglioni, Président de la Chambre de Commerce Italienne pour la France de Marseille, Monsieur Jean-Noël Guerini, Président di Conseil Général, Sénateur des Bouches-du Rhône, Monsieur Bernardino Mancini, Consul Général d'Italie à Marseille, Monsieur Michel Kester, Président - Directeur Général de la SAFIM
à la Conférence de presse à La Foire Internationale de Marseille

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dernière modification Août 2009