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LUNDI 15 SEPTEMBRE 2008
INTERVIEW de M.
PETROS PANAYOTOPOULOS,
CONSUL GENERAL DE GRECE à MARSEILLE par Oscar Carchidi et Henri
Moreau
Le Consul général de Grèce à Marseille, Monsieur Petros Panayotopoulos nous a reçu pour cette interview juste quelques jours avant son départ pour rejoindre sa nouvelle affectation à l’Ambassade de Grèce à Vienne (Autriche). Q. Monsieur le Consul général, votre prise de fonctions dans ce Consulat de Marseille remonte à quatre ans. Vous êtes maintenant sur le point de partir appelé à d’autres fonctions. Ce temps vous a-t-il paru long ou court ? R. L’ambiance était amicale. J’ai beaucoup travaillé, un travail différent de celui que nous, diplomates, faisons normalement. Il existait une activité culturelle assez forte, qui a absorbé la majeure partie de mon temps. J’espère avoir su promouvoir l’image de mon pays. C’est pour cela que nous travaillons finalement. C’est notre but.
Q. Quelle est l’étendue de votre juridiction consulaire ? R. Elle comprend presque tout le Sud de la France ! Le territoire commence à Toulouse et va jusqu’à Nice. Moi, j’ai des responsabilités aussi sur l’Aquitaine, Bordeaux, ainsi qu’auprès de ceux qui habitent Monaco. De plus, à cause d’une notion de proximité, nous arrivons à avoir des responsabilités jusqu’à Lyon et Grenoble ! C’est la moitié de la France. Tandis que Paris, où il y a un autre Consulat Général, s’occupe de tout le Nord de la France. Q. Pendant cette période vous avez participé activement à la vie économique, culturelle et sociale de Marseille, car vous avez été un des rares diplomates qu’on pouvait rencontrer dans presque tous les milieux de la ville, à l’occasion d’expositions d’art, de colloques socio-économiques, de conférences littéraires et autres événements. On aurait dit que vous étiez en service vingt quatre heures sur vingt quatre…. R. Pas exactement 24 h/24 mais j’ai beaucoup travaillé. J’ai aimé ces activités culturelles et c’était une sorte d’obligation spirituelle de ma part d’être toujours présent lorsqu’il se passait quelque chose concernant la Grèce, et plus généralement les activités concernant la civilisation occidentale. Civilisation qui, de Grèce est venue à Marseille et, de Marseille, a rayonné dans tout le monde occidental. Pour moi, c’était une fierté de voir ma patrie, le monde où j’ai vécu, continuer d’inspirer des gens. Q. Du point de vue économique quels sont les liens commerciaux aujourd’hui entre la Grèce et la Provence ou par extension la région PACA ? R. Pas très élevé, mais ils relevaient peu de ma responsabilité étant donné qu’à Paris il existe notre pôle commercial – économique, qui a en charge toute la France. Mais j’ai eu de très bonnes relations avec les chambres de commerce d’ici. A mon avis, il n’y a pas une présence comme il y en avait une auparavant – une présence économique grecque forte – dans les ports marseillais et dans toute la région. Sauf à Monaco, où des Grecs ont une activité commerciale, économique, et financière importante. Je ne parle pas là des armateurs qui ont toujours une partie de leurs activités dans la cité monégasque. J’ai l’impression que doucement, une fois que Marseille aura fait un effort pour retrouver sa force du passé et redevenir capitale de cette Méditerrané, et de même, si le port fait un effort en reprenant les dimensions des temps passés, cela changera. Marseille le mérite. J’espère que la cité sera élue capitale culturelle européenne parce que la culture amène le commerce. Nous souhaitons que les Grecs, une fois encore, occuperont une place importante dans ce port phocéen. Q. Le monument élevé à la drachme devant la Mairie d’Athènes est un véritable poème qui touche la sensibilité des Grecs et des philhellènes. La Grèce est une des nations championnes dans l’Union Européenne. Le sacrifice d’avoir abandonné la Drachme pour l’Euro après 2500 ans d’existence (pour une monnaie ce fut la plus longue durée dans l’histoire économique et simplement humaine) a constitué un espoir immense. Y a-t-il des remords ? R. C’est vrai que les petites économies ont été touchées…les grandes aussi ! Mais non, il n’y a pas de remords. Il y a certaines voix, comme il y en a en France, qui résistent mais, vraiment, cette unification de l’Union Européenne, avec une seule monnaie, montre une économie aux bases fortes et dynamiques. L’Europe marche doucement vers un Etat fédéral. Cette identité se fait et le monétaire apporte une identité différente. C’est vrai qu’avec l’euro les prix ont augmenté mais des facteurs extérieurs, comme le baril de pétrole grimpant, ont fait que des économies moyennes, telles celles de la Grèce, ont été plus touchées que d’autres. Cette politique économique réussira, car le privilège d’avoir une monnaie commune a un intérêt lorsque nous voyageons. Je crois que notre système monétaire a bien fait avancer l’Union Européenne et que le coût général est positif pour nos sociétés. Oui, la drachme est le symbole d’un moment de l’Histoire et des traditions, mais le franc aussi a joué un rôle important. Nous les avons laissés au nom de cette idée d’une union européenne. Ainsi, nous nous sentons nationaux, internationaux et européens. Q. Quand vous êtes arrivé pour prendre vos fonctions à Marseille, quel a été votre premier regard sur la Massalia grecque… déception ou fierté ? Et maintenant après quatre ans passés ici presque en explorateur avisé, quel sentiment vous restera-t-il ? R. Ce qui m’a étonné, dès le début, c’est le philhellénisme qui existe de partout. Dans une interview donnée à la Provence, je disais que Marseille avait un chromosome grec. Cette cité phocéenne continuant d’avoir des relations psychologiques, spirituelles avec la Grèce, nous en sommes fiers. J’ai compris que la culture, à travers les temps, a donné un fruit incroyable. J’ai vécu pour la première fois la magie de l’évolution d’une civilisation qui débute à un bout de la Méditerranée et qui aboutit à l’autre bout. Aucune déception donc. Face aux quartiers pauvres et à la désorganisation, la ville a son dynamisme, son identité. Il faut travailler afin de donner plus de gloire à ce port et cette cité. J’espère que Marseille sera capitale culturelle européenne, simplement parce qu’elle a besoin d’un coup de pouce pour lui donner encore plus ce qu’elle mérite. Q. La Communauté Grecque de Marseille est plutôt nombreuse dans la région et les membres encore fortement liés entre eux bien qu’ils aient désormais dépassé la deuxième génération. Les observateurs externes trouvent que cette cohésion est principalement due au fait de l’orthodoxie, et donc par les rencontres régulières au sein de l’Eglise, fréquentée, même pour les non-croyants, aux temps forts de Pâques et de Noël. Et pour vous ? R. Cette cohésion est une chose qui s’ajoute à la beauté de notre culture. La religion ? L’Etat grec a toujours été pieux et le Grec, depuis l’époque pré-classique et classique, est tourné vers Dieu. Il a de tout temps cru à la divinité, à une force supérieure. Alors je ne crois pas à l’athéisme présenté comme une forme politique, une idéologie. Un grand homme a dit : « dans un avion qui tombe vous ne trouverez aucun athée », car il s’agit de la religiosité présente chez l’être humain : la mort provoque une panique. Et cette religiosité, après un certain temps, s’appelle religion. Le Grec y a toujours fait référence. L’arrivée du christianisme, et dans l’esprit de l’orthodoxie, a donné une identité et une caractéristique de plus aux Grecs. Eux qui parcouraient le monde, à une époque où les pays étaient sous occupation ottomane, la religion était un point commun, et être fidèle à l’orthodoxie était une sorte de nationalisme caché. Sans être aujourd’hui un état laïque, la Grèce a une assez forte liberté. La plupart des citoyens sont orthodoxes mais il s’agit d’ une religion prise comme un produit culturel traversant les temps et qui crée un lien supplémentaire. En France, les Grecs vont ainsi à l’église par religiosité, pour prier, pour continuer cette tradition. C’est la magie de la culture grecque. Q. Vous avez commencé à lancer un beau projet ici à Marseille : celui de la création du Centre Culturel Hellénique. Où en est ce projet ? R. J’espère qu’il se fera, car il est primordial d’avoir cette idée comme but. Un jour, la présence administrative des autorités locales diminuera, puisque nous appartenons à la grande famille européenne, où la loi couvre presque chaque acte administratif. Ce qui reste comme identité, c’est la culture ! Je souhaite que Marseille - ville ayant une identité et un amour pour la Grèce – puisse donner à quelqu’un la possibilité de créer un centre culturel. J’espère que mon successeur poursuivra dans cet esprit. Nous sommes persuadés, en Grèce, que la civilisation peut être notre industrie lourde, quelque chose qui compte vraiment. Pour moi, l’association créée pour promouvoir l’idée d’un centre doit continuer et existe d’ailleurs beaucoup de membres, de personnes, qui aiment notre culture, notre civilisation. Il faut y croire. Le temps arrivera aussi à convaincre ceux qui ne sont pas encore convaincus de l’importance de créer ce centre culturel, centre de l’Hellénisme à Marseille. La responsabilité sur tout le sud de la France en reviendrait donc à la cité phocéenne. FIN
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