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  Décembre 2008  
   
LA  DURANCE  DANS  TOUS  SES  ETATS



     Mythique rivière provençale, eaux furieuses et indispensables à la fois, la Durance est inscrite dans l’histoire de la région, la Durentia latine ou la Dubro celtique est foncièrement liée à la région. La rivière se trouve ainsi représentée, associée au Rhône,  sur le fronton de la halle aux grains d’Aix-en-Provence et l’arrivée de ses eaux a été sculptée au Palais Longchamp à Marseille.


          Réputée infranchissable dans l’Antiquité avec des eaux vivantes, très tumultueuses, la Durance a vu la main de l’Homme passer, repasser sur elle et malgré les difficultés, son cours  était une grande voie reliant les Alpes à la Provence. Tite-Live parlait de ses caprices et de sa difficile traversée. Ainsi, la Voie Domitienne la suivait puis les pèlerins l’ont suivie. De tout temps, les riverains ont essayé de la dompter, de la contrôler afin de pouvoir mieux l’utiliser.
Cette rivière du sud-est français au régime torrentiel prend sa source au Mont Chenaillet, près de la frontière italienne dans les Hautes-Alpes et va se jeter 324 kilomètres plus loin dans le Rhône un peu au sud d’Avignon. Mais 12 millions avant notre ère, au Pliocène, la Durance partait se jeter dans le golfe de Fos, en Méditerranée. Il reste de ces temps la plaine caillouteuse de la Crau. A l’époque de la glaciation du Riss, sa source se situait au niveau de Sisteron car là se finissaient les glaciers alpins et c’est à cette époque que son cours va se modifier pour voir les eaux aboutirent dans le Rhône.
La Durance est appelée « troisième fléau de la Provence » ! Plusieurs phénomènes se liguent contre elle. Y surviennent au niveau de la Haute-Durance des crues nivales, au niveau de la Moyenne-Durance des crues provoquées par les pluies automnales, ses roches sont sensibles à l’érosion et son cheminement se fait sur une forte pente !

Rivière difficile donc. Et les gués alors pas aisés à établir avec les brusques et importants débordements, avec les changements de cours ; seuls deux seront durables dans le temps : ceux de Pertuis, nom marquant cette activité, et de Mirabeau. Le rétrécissement  de la Durance en ce deuxième lieu se fait entre des falaises calcaires « le défilé de Chanteperdrix », cet endroit a donc vu l’installation  de nombreux bacs puis ponts, emportés les uns après les autres par les crues ! Après l’an Mil, malgré les difficultés, les bacs vont se multiplier le long de ces flots, voilà une grande voie commerciale. Le plus ancien  s’appuyant sur un câble connu allait de la Roque-d’Anthéron à Cadenet et il a vu de très nombreux troupeaux de montons l’emprunter lors des transhumances. Le pont de Sisteron est resté jusqu’au milieu du XIX ième siècle le seul point de passage en dur !
Ces eaux ont transporté combien d’hommes, combien d’animaux, combien de marchandises ! Du vin, du sel, du bois (jusqu’à l’arrivée du train)…Grande voie commerciale donc grand intérêt d’y installer des péages ! Au Moyen-Age, le sel verra ainsi son prix exploser du fait des dix péages et au XVI ième siècle, le bois verra son prix se multiplier par 15 entre le lieu d’abattage et Marseille.

Face aux fureurs de la Durance, les hommes ont tenté il y a déjà fort longtemps de la dompter. Les premières digues datent du XIIème siècle mais son hydrologie s’est retrouvée vraiment modifiée depuis 1955 et la « loi d’aménagement de Serre-Ponçon ».
La construction du barrage de Serre-Ponçon, plus grand lac artificiel d’Europe,  s’est terminée en 1961 et de là va partir le « canal de la Durance » qui dévie la majeure partie des eaux jusqu’à l’étang de Berre. Aujourd’hui, seul 1/40 ième du débit naturel coule dans le lit ! Et un tel changement ne peut pas aller sans de forts bouleversements des écosystèmes.
L’homme est intervenu sur la rivière afin de limiter les inondations, afin aussi d’alimenter en eau et en électricité les populations. Les 15 centrales hydroélectriques fournissent presque la moitié des besoins en énergie de la région et la Durance apporte de nos jours les 2/3 de l’alimentation en eau de Marseille et ses environs. C’est avec la construction, au milieu du XIX ième siècle, du canal de Marseille que l’essor de la ville et son agglomération va pouvoir se faire. L’arrivée de l’eau au Palais Longchamp, château d’eau, va aboutir en 1862 dans deux gros réservoirs souterrains de 4250 m2 et 4900m2. Ce cours a permis le développement économique de Marseille, de la région. Mais tous ces aménagements ont un impact important sur la nature, sur la Durance.

De nombreuses îles, certaines pouvant faire plusieurs kilomètres de long, existent, se créent, évoluent dans le lit de la rivière. Voilà ce qui la rend encore vivante, belle ! Une faune considérable y vit ou y passe lors des migrations ; ainsi, quelques 300 espèces d’oiseaux la peuplent et mammifères et poissons s’y retrouvent. La Durance joue le rôle important de couloir biologique dans la zone paneuropéenne et elle a était classée zone « Natura 2000 » pour cela. Ce courant vit donc encore malgré les forts bouleversements que l’Homme lui a imposé. Des crues y surviennent …parfois. La Durance est là. Mais…
Mais elle est aujourd’hui dénaturée, en équilibre fragile. Il faut penser à sa protection. La Basse Durance, par exemple, est constituée de bras vivants et morts ; phénomène dû aux variations du débit. Les différents écosystèmes anciens, dans cette zone, n’offrent aujourd’hui qu’une végétation arborée poussant sur les galets. Alors, sa protection  se fait, heureusement, un peu, on y pense, on fait tout de même des choses…Il existe des arrêtés de conservation du Biotope sur 800 hectares, une réserve naturelle volontaire a été mise en place, la massette (roseau miniature) est protégée puisque plante rare, l’extraction des matériaux dans le lit est contrôlée. Le SMAVD (syndicat mixte d’aménagement de la vallée de la Durance) a vu le jour en 1976 avec pour objectifs la protection de la rivière et la protection des populations face aux crues ; en 2008, un contrat a été signé pour que 168 millions d’euros soient investis en sept ans dans diverses actions de sécurisation.
Mais, que tout le monde reconnaisse qu’elle est bien mal entretenue cette Durance : prolifération de plantes venues d’ailleurs, arbres s’enracinant dans le lit, énormes dépôts de limons….Il faut une gestion plus rigoureuse afin de protéger l’emblème de la Provence et éviter des crues comme celles de 1993 ou 1994. Il faut l’aider à revivre, revivre pleinement. La Durance doit rester vivante, plus exactement ce qui reste de la Durance doit rester vivant.

Sophie Brion




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dernière modification Août 2009